Votre entreprise réduit ses déchets, forme ses salariés et fait évoluer ses achats. Mais savez-vous ce que ces actions changent réellement ? Et comment vérifier qu’un progrès environnemental ne crée pas une difficulté pour la qualité des produits ou les conditions de travail ?
La nouvelle norme ISO/UNDP 53001:2026, élaborée par l’ISO et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), propose un cadre pour piloter la contribution des organisations aux Objectifs de développement durable (ODD). Elle relie l’analyse des impacts, les décisions, les objectifs et l’évaluation des résultats.
Pour les dirigeants de TPE-PME, les responsables RSE et l’encadrement, son intérêt mérite d’être examiné concrètement : quelles exigences apporte-t-elle ? Comment complète-t-elle ISO 26000 ? Et comment s’appuyer sur les démarches qualité, sécurité et environnement déjà en place ?
Des actions réalisées aux effets réellement obtenus
Compter les formations réalisées, les fournisseurs évalués ou les actions de réduction des déchets permet de suivre le travail accompli. Mais ces chiffres ne disent pas, à eux seuls, si les conditions de travail se sont améliorées, si les pratiques des fournisseurs ont évolué ou si les ressources consommées ont diminué.
Prenons un exemple : une PME forme ses équipes à la prévention des discriminations. Le nombre de personnes formées constitue un premier indicateur. Pour apprécier les effets de cette action, elle peut aussi examiner ses pratiques de recrutement et de promotion, recueillir le ressenti des salariés et vérifier le traitement des signalements. Ces observations permettent d’ajuster les actions.
ISO/UNDP 53001 invite à relier les engagements aux impacts sur les personnes et l’environnement. Pour la direction et les responsables, cela conduit à préciser les changements recherchés, à recueillir des données adaptées et à examiner les progrès comme les difficultés. L’enjeu est de savoir quelles actions poursuivre, renforcer ou revoir.
Un progrès environnemental peut-il créer un autre problème ?
Une PME décide d’alléger ses emballages pour réduire sa consommation de matière. L’intention est pertinente. Mais si les produits sont moins bien protégés, les dommages pendant le transport peuvent augmenter, entraînant des retours, des remplacements et davantage de déchets. Le gain attendu doit donc être apprécié en tenant compte de l’ensemble de ces effets.
Cet exemple illustre l’intérêt d’examiner les interactions entre les Objectifs de développement durable. Une décision peut favoriser un objectif tout en dégradant un autre. L’analyse porte ainsi sur les impacts positifs et négatifs, réels ou potentiels, y compris chez les fournisseurs et lors de l’utilisation des produits.
Pour les dirigeants et l’encadrement, cela suppose de faire travailler ensemble les personnes concernées avant de décider. Dans cet exemple, les achats, la production, la qualité et la logistique peuvent tester le nouvel emballage, puis suivre la matière économisée et le taux de produits endommagés. Ces résultats permettent de vérifier le bénéfice du changement et d’ajuster la solution.
ISO 26000 et ISO/UNDP 53001 : quelle complémentarité ?
Une entreprise qui s’appuie déjà sur ISO 26000 dispose d’acquis utiles : une connaissance de ses parties prenantes, une analyse de ses enjeux et des actions de responsabilité sociétale. Ce travail peut alimenter la mise en œuvre d’ISO/UNDP 53001.
Les deux normes ont des rôles complémentaires. ISO 26000 fournit des lignes directrices pour intégrer la responsabilité sociétale dans les décisions et les pratiques, autour de sept questions centrales. Elle accompagne déjà le passage à l’action et n’est pas destinée à la certification. ISO/UNDP 53001 définit des exigences de système de management pour piloter la contribution aux ODD, avec une possibilité de certification.
Concrètement, une priorité identifiée dans votre démarche RSE peut être reliée aux ODD concernés, puis traduite en objectifs, responsabilités, moyens et indicateurs. Les résultats sont examinés pour adapter les décisions et améliorer les pratiques. L’enjeu est de renforcer la démarche existante en précisant sa contribution au développement durable.
Direction, achats, RH, production : des décisions à coordonner
Un responsable RSE peut coordonner la démarche, mais les décisions qui influencent les résultats se prennent dans toute l’entreprise : sélectionner un fournisseur, organiser les horaires, concevoir un produit ou renouveler un équipement. La direction doit donner une orientation claire, définir les responsabilités et prévoir les moyens nécessaires.
Dans une TPE-PME, une même personne exerce souvent plusieurs fonctions. Pour chaque objectif retenu, il est donc utile de préciser qui décide, qui réalise l’action et qui vérifie les résultats. Un point dans une réunion de management existante permet de traiter les difficultés, de décider des moyens et de suivre les engagements.
Les outils QSE existants peuvent servir de support : processus, plan d’action, indicateurs, audits internes et revue de direction. Il faut alors vérifier qu’ils couvrent les exigences propres au management des ODD et les compléter si nécessaire. Un pilotage commun permet d’examiner ensemble les résultats et d’arbitrer les priorités.
Conseil ESQSE : testez votre démarche sur une décision réelle
Choisissez une décision à venir : remplacer un équipement, modifier un emballage ou sélectionner un fournisseur. Réunissez les personnes concernées et posez quatre questions :
- Quels effets positifs attendons-nous pour les personnes et l’environnement ?
- Quels effets négatifs pourrions-nous provoquer, dans l’entreprise ou chez nos partenaires ?
- À quelles cibles des ODD cette décision peut-elle contribuer ?
- Quelles données permettront de vérifier les résultats, et à quelle échéance ?
Consignez les réponses dans votre plan d’action habituel, avec un responsable et une date de bilan. Après la mise en œuvre, comparez les résultats aux effets attendus et décidez des ajustements nécessaires.
Ce premier exercice ne suffit pas à démontrer la conformité à ISO/UNDP 53001. Il permet de commencer à relier une décision, ses impacts et les preuves de ses résultats.
Quelle décision allez-vous examiner autrement ?
Un achat, un investissement ou une évolution de produit : votre prochaine décision peut être l’occasion de confronter vos engagements RSE à leurs effets sur le terrain.
Vous souhaitez intégrer cette approche à votre organisation et à vos démarches QSE existantes ? ESQSE vous accompagne pour analyser vos pratiques et construire une démarche adaptée à votre entreprise.
Elisabeth Solaberrieta
ESQSE – Conseil et Formation HQSE & RSE